lundi 5 décembre 2016

Jouer une poubelle


JOUER UNE POUBELLE




Tous les livres écrits par des professionnels sont clairs sur ce point: ne jouez pas des poubelles.
Prenons par exemples les huit groupes de David Slansky. Slansky est précis. Il hiérarchise très bien les mains à jouer et les positions à privilégier. À long terme, il a forcément raison. C'est d'autant plus vrai au fur et à mesure de la progression du tournoi. Plus la moyenne de jetons du tournoi augmente, plus les choix stratégiques sont essentiels. Or, jouer par exemple des mains des trois premiers groupes est une vraie bonne stratégie durant tous le tournoi.Ce n'est pas ce qui nous intéresse dans ce papier. Ici, nous allons nous intéresser aux poubelles, ces cartes qui n'appartiennent pas ou peu aux groupes ci-dessus. Ce sont les cartes abandonnées par presque tout le monde, y compris votre serviteur. Bon, ça c'était avant...

Commençons par le haut du panier, les joueurs pros. Depuis plus d'un an, j'observe dès que possible les caractéristiques du jeu des pros. C'est à croire qu'ils sortent tous du même moule. Étant donné qu'ils sont pros, nous pouvons en déduire que ce moule est de qualité supérieure. L'objectif des pros est toujours de monter des jetons le plus rapidement possible. Pour cela, ils ne sont pas prêt à tout, mais pas loin. Entrons dans leur tête de pro.

À une table de poker, le pro est sans conteste le meilleur joueur. C'est presque toujours vrai sauf dans le cas assez répandu où il doit croiser le fer avec certains de ses congénères. Dans ce cas, chaque pro espère deux choses : être meilleur que ses adversaires pros et surtout, se trouver à la gauche des plus compétents. Cette position est en effet stratégique. Elle donnera le la du tournoi à ladite table. C'est en général cette position qui déterminera le mâle alpha de la table.

La tactique initiale du jouer pro est de relancer tous les coups ou presque. En cas de confrontation avec d'autres pros ayant les mêmes motivations, la galère n'est pas loin. Les pros vont donc adapter leur stratégie en fonction de leurs adversaires et aussi du metagame.



Intéressons-nous tout d'abord aux tables avec un seul pro. Il va donc relancer, de préférence comme chacun avec de bonnes cartes qui dans son langage comprennent forcément tous les connecteurs assortis. Il ne va pas s'arrêter là car sinon, il finirait par s'endormir. Là où vous et moi freinons des quatre fers dans l'attente de mains jouables, lui va se lancer dans le grand bain avec any two. Comme il est malin, il va bien sûr raise UTG avec any two. Plus il va jouer de mains, plus il va avoir de chances de connecter avec le flop. Pendant ce temps, nous dormirons en attendant toujours les mêmes bonnes cartes. Dans son langage, le pro n'a pas le mot « poubelle ». De plus, il ne s'intéresse que très moyennement à la position car il sait qu'il manie mieux les cartes que les autres.

Regardons à présent le cas où plusieurs pros se partagent le même gâteau. Dans ce cas, ils vont être obligés de revoir leur stratégie et gérer leur agressivité. Parfois même, ils vont agir un peu comme les vélociraptors, à savoir chasser en meute les fishs et les moins bons joueurs. J'ai assisté à ce type de move contre moi. Je ne pense pas qu'il s'agisse de collusion mais simplement d'opportunisme. Ils envoient assez souvent des 3-bets ou des 4-bets contre les joueurs non pros. En revanche, entre eux c'est un peu le statu quo...jusqu'à ce qu'ils se déclarent la guerre pour prendre le lead. Même si rien n'est planifié, cette stratégie se met en place d'elle même. Cette tactique est pareil la même que celle des joueurs checkant jusqu'au bout en fin de tournoi pour éliminer un short stack. Cette paix ponctuelle va leur permettre d'amasser des chips.

Ce n'est heureusement pas si simple car certains bons joueurs vont placer des contre feux ce qui va obliger les pros à revoir leur stratégie any two ou poubelle. Sinon le rail les accueillera.

J'ai ainsi plusieurs fois assisté, je dois le dire avec un certain contentement, à la sortie de plusieurs pros tentant le bluff de trop avec cette fameuse poubelle contre la mauvaise personne. L'histoire des poubelles peut certes fonctionner, mais seulement dans deux cas.

Le premier est le plus invraisemblable : connecter le flop. Invraisemblable mais possible car les 52 cartes d'un paquet ne comprennent que 16 cartes supérieures au dix, et donc plus du double jusqu'au dix inclus. Cependant attention car certaines poubelles comme K2 ou Q3 comprennent une carte supérieure au dix. Le choix des poubelles est donc très vaste.

Le second est la réussite d'un bluff. Un bluff fonctionne si les autres joueurs dans le coup n'ont pas connecté. Dans les cas que je viens de citer, c'est ballot car les non pros avaient un peu ou beaucoup connecté. Et le pros sont sortis en râlant. Normal, dans leur esprit aucune main n'est une poubelle et ils sont super heureux de sortir des joueurs avec une énorme main.



Quelle est notre rapport avec les poubelles, nous les joueurs ordinaires. Prenons mon cas. Très longtemps cantonné à un jeu classique, je privilégiais les premiums, les cartes hautes connectées et les connecteurs assortis. Je ne sortais jamais des sentiers battus et je ne jouais qu'en position. Maintenant, j'établis un plan de jeu au début du tournoi. Je souhaite raise au minimum deux coups par orbite. Dans un tournoi, je raise toujours la première main même avec une poubelle UTG. En cas d'ouverture adverse, je 3-bet et ce quelque soit la position. Quand les blinds débutent, je tente aussi parfois le fameux raise dans le noir UTG. Ma main est souvent une poubelle.

Je peux tenter de jouer des poubelles mais seulement durant les premiers niveaux. Il me reste un problème de taille à gérer. En dessous de vingt blinds, je resserre mon jeu et je commence à trouilloter et à viser les places ITM. C'est triste.

C'est à ce stade du tournoi que les pros font la différence. S'ils sont encore dans le tournoi, ils ont en général un gros stack. Ils peuvent donc naturellement poursuivre leur agression avec des poubelles. Ils savent surtout comment les jouer post flop en prétendant avoir des belles mains. C'est pour cela qu'ils sont les meilleurs car nous jouons si peu ce genre de mains qu'il nous manque un paramètre essentiel : l'habitude.

La conclusion est donc claire. Les joueurs classiques se risquent rarement à jouer des poubelles et gagnent peu de tournois. Quand ils tentent de jouer ces fameuses poubelles, ils le font en début de tournoi là où ils ne risquent pas grand-chose. Post flop, ils ne savent pas vraiment les jouer sauf s'ils connectent. De leur côté, les pros sont très souvent ITM car ils savent se servir de leurs poubelles post flop. Ils visent les premières places et la victoire. En plus, Lady Luck leur tend très souvent la main et elle a raison. Une poubelle dans la main d'un pro n'est plus vraiment la même poubelle que dans la main d'un joueur lambda. Les pros ont donc un bon risk/reward avec les poubelles là ou le nôtre va être infinitésimal.

Vous savez ce qu'il nous reste à faire.


Ecrit par Chip&Win







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